Un printemps du mont Bulang, douze ans plus tard
Au printemps 2012, j’ai parcouru les pentes brumeuses du Bulang, m’arrêtant dans de petits hameaux Hani pour goûter le máochá tout juste sorti du wok. Ce lot provenait d’une coopérative de jardins d’arbres anciens près de Bàtáng, à environ 1 700 mètres. Les feuilles étaient épaisses, musclées, et vibrantes d’une amertume juvénilement tranchante qui m’a indiqué qu’elles auraient besoin de temps — beaucoup de temps. À cette époque, je faisais souvent la navette entre Oulan-Bator et Kunming, construisant une cave qui alliait la sécheresse disciplinée du plateau mongol à la lente patience qu’exige le thé du Yunnan. Plutôt que d’envoyer ce lot dans un entrepôt côtier humide, j’ai décidé de le laisser reposer dans notre cave partenaire à Kunming, où l’air reste frais et aride, préservant la clarté au prix de la rapidité. Année après année, la galette n’a presque pas changé — jusqu’à environ la huitième année, où le camphre a commencé à s’adoucir et la liqueur à révéler une profonde douceur de noix. Aujourd’hui, à douze ans, elle a atteint le point idéal de sa courbe de vieillissement : assez vieille pour montrer de la complexité, assez jeune pour conserver la solide charpente du Bulang. Chaque infusion raconte l’histoire de ce voyage, des chants des cueilleuses Hani sur la montagne au stockage silencieux et patient qui a permis au thé de s’exprimer en son temps.