Un gâteau Bulang, trois caves, un gestionnaire de stockage
C’est la démonstration la plus épurée que Liu Shenyang puisse faire de ce que son travail change réellement. En 2014, un seul gâteau Bulang de 2014, pressé par un atelier familial situé en altitude au-dessus de la frontière birmane à partir de maocha minéral et intense, a été divisé à la source en trois lots avant toute décision de stockage. Un lot est allé dans son installation de Kunming. Un autre a voyagé vers sa cave continentale, où le froid hivernal et la faible humidité ralentissent tout à l’extrême. Un dernier est parti pour son site de Foshan, où l’air subtropical du delta de la rivière des Perles pousse la fermentation durement et rapidement.
Pendant une décennie, il a visité chaque lot, goûté et noté l’évolution. L’échantillon de Kunming est resté vif et serré, conservant encore une trace de sa jeunesse montagnarde. L’échantillon continental a subi la transformation la plus lente des trois : velours et résine, approfondis par de véritables cycles de gel-dégel saisonniers plutôt que par un air doux constant. L’échantillon de Foshan est le plus extrême, goûtant une décennie de plus que son âge, tout en prune et en camphre.
Même feuille, même jour de cueillette, mêmes mains originelles au wok. Ce qui sépare ces trois tasses n’est rien d’autre que la décision de stockage que Liu Shenyang a prise et maintenue pendant dix ans. Infusées côte à côte, c’est moins une dégustation qu’une démonstration : la géographie, l’humidité et le temps, isolés et versés dans trois tasses en même temps.