Quatre villages, une montagne, et l’œil d’un maître de chai
Au printemps 2024, Amgalan Chin s’est rendu dans la montagne Bulang, un lieu qu’il appelle le cœur battant du sheng pu-erh. Il a passé trois semaines à se déplacer entre les quatre villages qui ont fait la réputation de la région — Lao Banzhang, Hekai, Manxinlong et Pasha — chacun séparé par des crêtes et la brume mais unis par le même sol métamorphique et un patrimoine de jardins de thé anciens. Lao Banzhang fut le premier : des arbres imposants, des cultivateurs farouchement indépendants, et un thé si puissant qu’Amgalan le décrit comme « un coup de poing qui devient une caresse ». Hekai, niché dans une vallée plus fraîche, offrait un caractère plus doux, aux notes fruitées ; Manxinlong perché sur du calcaire montrait une structure terreuse qui lui rappelait les vieux thés en brique russes ; Pasha, où les théiers partagent le sol avec des fougères forestières, délivrait une douceur mielleuse et une finale qui persistait comme une berceuse. Aux tables des fermes, il goûtait le maocha de chaque village tout juste sorti des nattes de séchage, sélectionnant des lots qui, ensemble, se liraient comme une carte des micro-terroirs de Bulang. De retour dans son chai, le maocha a été façonné en mini-galettes de 40 g — une par village — et reposé pendant six mois avant leur sortie. Cette dégustation est un entraînement du palais, un voyage, et un rappel discret que l’amertume de la montagne n’est jamais une note unique.